Des montures lunettes de vues fabriquées par une imprimante 3D ? La technique est arrivée récemment en France et tente de gagner les cœurs des clients. Acétate, métal, plastique injecté, bois ; les matériaux utilisés pour réaliser des montures de lunettes classiques ne sont ici pas mis à contribution. C’est le polyamide 12 (dit PA 12) qui est utilisé, sous forme de poudre solidifiée par le procédé de fritage laser dans des imprimantes 3D industrielles.

Les montures sont réalisées avec du PA 12. Elles sont teintées en différentes couleurs après le processus d’impression 3D.

Entre autre avantage, ces montures sont en moyenne 20% plus légères que les dispositifs classiques. Mais c’est la possibilité de personnaliser la forme des montures là ou les montures classiques ne proposent que 2 ou 3 tailles qui permet de mesurer l’opportunité de cette technologie.

Au point de proposer du sur-mesure. C’est l’objectif du dispositif Yuniku (unique en japonais) du verrier Hoya. Une offre lancée depuis octobre dernier. “Depuis 20 ans nous utilisons des outils numériques pour fabriquer le verre en fonction de la forme et de la cote des montures” explique Laurence Darbonnel, directrice Digital de Hoya France. S’attaquer à la modélisation et la personnalisation des montures semblait donc une évolution logique. “Nous proposons avec Yuniku un mélange de flux, de supply chain et d’impression 3D”.

Le visage du client est scanné en 3 dimensions pour personnaliser les montures et les verres. (Source : Hoya)

La grande question du délai de fabrication

Un scan 3D morphologique du visage du futur porteur de lunettes est effectué chez un opticien grâce à quatre caméras ajustables. L’opérateur positionne ensuite deux points au dessus des oreilles du visage scanné et deux autres au niveau des pupilles pour travailler le positionnement idéal des montures et des verres. Ecart pupillaire, angle pantoscopique, courbure de la monture ; l’ensemble des données recueillies sur ce scan est ensuite envoyé chez le verrier et le prestataire qui réalise la monture en 3D.

Le belge Materialise fabrique alors les deux branches de la monture et la partie faciale. Le tout, verre et monture, est assemblé par Hoya. L’opticien reçoit un produit presque fini puisqu’il n’a plus qu’à régler la forme des branches des montures derrière les oreilles.

Réaliser une monture en impression 3D est un sujet de recherche déjà ancien pour de nombreux acteurs du monde de l’optique. Des essais à base de fabrication additive (l’autre nom de l’impression 3D) sont tentés depuis des années, sans parvenir à un résultat concluant. Jusqu’à récemment. “C’est un outil technologique qui permet d’enrichir notre métier” évoque Léa Omissi opticienne du magasin EyeShow où est installé un dispositif Yuniku. Reste, pour l’heure, un obstacle majeur à la popularisation du procédé : les délais de fabrication et de livraison sont de trois semaines. Pour des lunettes classiques, une heure de montage à réception des verres suffisent pour se voir proposer un produit fini.

“On est encore très loin de la production de montures 3D chez l’opticien”

L’impression de monture en 3 dimensions n’est cependant pas réservé à l’ultra-personnalisation prônée par le système Yuniku. Le français Aoyama propose sur le même principe depuis janvier de la customisation à partir de collections de montures. Et le prix n’est bien évidemment pas le même. “Moi ce qui m’intéresse, ce n’est pas le luxe. Les Kering et autres entrent en force sur ce créneau” explique le PDG Philippe Beuscart. “Moi je veux casser les codes.”

Concrètement le client conçoit sur un site Web sa paire de lunette idéale à partir des modèles de la collection. Une fois la monture réalisée, l’opticien monte les verres. L’entreprise nordiste sous-traite également sa production à Materialise. Là aussi, la livraison est effectuée en 3 semaines.

Dans tous les cas, “on est encore très loin de la production de montures 3D chez l’opticien” assure Philippe Beuscart. De quoi rassurer les 13.000 opticiens français ? “Mon pari pour l’instant c’est que l’on va toujours passer par un opticien, mais je ne m’interdis rien”. Surtout, l’arrivée de l’impression 3D dans le monde de l’optique ouvre des horizons. “L’avantage de la 3D c’est que l’on peut mettre en place un système de pièce de rechange, c’est quelque chose a quoi l’on réfléchit pour les mois qui viennent. Pour 60€ on pourrait changer une pièce de monture cassée, ou changer la couleur pour un événement particulier par exemple” explique le PDG de Aoyama.